Sur les frontières de la science
Dans les années 2000, l'émergence du terme « nano » a catalysé une promotion significative de l'interdisciplinarité. En 2011, le sociologue Terry Shinn a proposé une analyse de la « nouvelle disciplinarité » : les chercheurs occupant des positions centrales dans leur domaine adoptaient une stratégie consistant à explorer les frontières disciplinaires pour établir des alliances, puis revenaient au centre pour capitaliser sur ces collaborations.
Des études bibliométriques (Gingras & Larivière 2014) ont mis en lumière une tendance marquée à la baisse des citations intra-disciplinaires. Que demeure alors le rôle de la discipline dans la formation des chercheurs ? La métaphore spatiale du centre et de la périphérie reste-t-elle pertinente ? Comment les dispositifs de contrôle peuvent-ils s'exercer sur ces travaux ?
Pour éclairer ces questions, nous nous appuierons sur les concepts de « diversalité » (Bontems, "Au nom de l'innovation : finalités et modalités de la recherche au XXIe siècle", 2023) et de « frontières fractales » (Hatchuel & Bontems, « Sur le régime de création surcontemporain », 2020) en soulignant la vulnérabilité actuelle de la science face à la prolifération de la « fake science » à l’ère de l'Intelligence Artificielle.